L'enfance, comme aucune autre période de la vie, est la plus belle parce que la plus honnête. Pendant ce court moment, les attitudes les plus extrêmes sont permises.
N'observez-vous jamais comment les enfants abordent leurs émotions ? Ils ne pleurent pas ils braillent fort, ils ne crient pas ils hurlent, ils ne se fâchent pas mais deviennent furieux... En une
seconde, ils peuvent passer d'un état à l'autre en toute liberté, personne ne les prendra pour des fous. Contrairement à nous, ils semblent sincères dans chacun de leur gestes, dans leurs paroles
dénuées de tout sous-entendu. "La vérité sort de la bouche des enfants", mon Dieu comme c'est vrai.
Je pense à cela en ce moment car j'observe les gamins qui m'entourent puis les compare aux adultes que je côtoie. J'en suis venu à une conclusion.
Nous ne sommes que de grands enfants qui nous retenons de l'être, frustrés.
Je comprends que l'on se retienne, par soucis de civilité, aujourd'hui ceux qui se comportent comme j'ai décrit, c'est les fous et les clochards de Paris. Et c'est tellement dommage.
Une fois, mon neveu âgé de sept ans s'était mis dans la tête qu'il fallait qu'il me dise "je t'aime" toute la journée. Il le fit donc, avec beaucoup de câlins, de compliments en plus. Ce jour là, je me suis rendue compte que je ne lui avait jamais autant crié dessus pour ses bêtises. A l'heure du goûter, il me redit: "je t'aime tata." Alors je m'apercevait, que malgré ma mauvaise humeur excessive du jour, il n'avait jamais cessé de me répéter ces mots. Pour nous c'est banal qu'un enfant nous déclare: "tu es belle" ou "je t'aime". Et pourquoi n'est-ce pas aussi important que si un adulte nous le dit ? Pourquoi, dès lors qu'ils mesurent moins d'1m20, ils n'ont le droit à aucune légitimité ? Je m'en suis voulue de mon impatience envers mon neveu, les enfants sont assurément les êtres les plus indulgents que l'ont fréquente.
Ils ne demandent rien de plus basique que d'être nourris, d'être habillés (et encore) et d'avoir de quoi s'occuper. Et parfois même on leur dit, "inventes un jeu avec tes doigts" ils le font, non sans broncher, mais ils y parviennent tout de même (vu dans la salle d'attente du docteur).
Avec un adulte, on doit être capable de savoir tenir une conversation dans laquelle l'un essaie de se comparer à l'autre inconsciemment "Qu'a t-il de plus que moi?", "Qu'a t-il à m'apporter intellectuellement (ou autre)?".
Leur joie de vivre apparente réside dans ce fait qu'ils n'ont encore rien à prouver, ils n'ont pas à justifier leur présence sur terre. Quand on grandit, j'ai l'impression qu'on doit trouver ce but, que notre bonheur se situe là, à ce point précis. Nos priorités diffèrent peu les uns des autres contrairement à ce que l'on croit: Que ferais-je au terme de mes études? Avec qui vivrais-je? Ou voudrais-je mourir? Qu'est ce que prévois pour samedi soir?
Tant de questions qui nous éloignent toujours un peu plus des enfants.
Capables de haïr autant que d'aimer, ils sont aussi d'une méchanceté incomparable mais cela va de pair avec leur pouvoir d'être gentils.
En me rappelant de mon enfance, je me dis qu'elle fut colorée et pas si triste, de l'école à mes tenues tellement atroces mais dont je me foutais royalement. Je me souviens de mes vacances en Algérie pendant lesquelles, les garçons de mon âge essayaient de m'emmener dans des coins reculés pour me «faire voir des trucs.» Heureusement, j'y ai échappé grâce à la surveillance sévère de mes frères. En y repensant, je me dis que les adultes ne sont vraiment pas si différents des enfants, seuls leurs moyens de parvenir à leur fins malsaines changent.
Ce que je trouve fascinant chez eux, c'est qu'ils ont un côté malin tout en étant des anges, ils sont agressifs tout en étant doux, moqueurs et flatteurs en même temps. Ils sont tellement inconstants et imprévisibles qu'il y a tout un monde entre eux et nous. Parfois, je veux m'énerver sur ma nièce et je ne sais pas pourquoi, je sens dans son regard quelque chose de narquois mais d'impossible à saisir. Les enfants semblent savoir, et nous non alors que paradoxalement c'est nous qui avons acquis la science et eux qui sont les ignorants. Je me rappelle aussi de mes frères et sœurs, qui profitaient de mon incrédulité pour me faire croire, manger, boire, n'importe quoi, me faire aller n'importe où, leur chercher tellement de choses, leur rendre tellement de «services forcés». Quand je me surprends à répéter les mêmes moqueries sur «mes petits» je me dis que nous profitons beaucoup d'eux tandis qu'ils nous offrent sincèrement tout ce qu'ils ont et sont.
Moi aussi, j'aimerais sangloter sans raison, crier à tout heure et courir après les chiens-des-gens, je voudrais avoir le nez qui coule et que maman me mouche avec plus ou moins de douceur, je voudrais dire à papa qu'il est beau et susciter l'attention de toute l'assemblée dès que je déclare la moindre connerie, je voudrais que tout soit blanc ou noir et que la vie me soit aussi simple, comme elle l'est pour ces petits chanceux.
